Bonjour à toutes et à tous!

Cette année fut pour moi pleine de projets variés... Pour la première fois, je me suis lancée; j'ai participé à un concours d'écriture de nouvelles organisé par ma commune. Je suis ravie de vous apprendre que j'ai gagné le deuxième prix! Alors voilà, je voulais partager avec vous cette petite histoire... Bonne lecture! ;)

 


Don't Trust Anybody!



Je me réveille peu à peu. Il fait nuit noire. Depuis combien de temps le train s'est-il arrêté? Je jette un vif regard aux alentours. Personne sur les sièges, personne dans les allées, personne. Pourtant, les bagages sont toujours là, intacts. Où sont-ils tous partis? Je me lève lentement et descends de mon compartiment, qui, maintenant, ressemble davantage à une épave. La porte reste verrouillée malgré mes efforts. Sur la vitre, un graffiti laisse lire d'un rouge sanglant: "DON'T TRUST ANYBODY!" Ce message me laisse clouée sur place. C'est bien la première fois que je le vois. Qui a bien pu l'écrire? Les lampes jaunes du train se mettent à grésiller, la lumière se fait de plus en plus faible. Prise de panique, j'empoigne alors un brise-vitre qui se trouve à portée de main et je me mets à frapper de toutes mes forces. La vitre éclate dans un grand fracas, puis la nuit redevient aussi sombre et silencieuse qu'avant. Les faibles rayonnements s'éteignent d'un coup, mais ils sont vite remplacés par cette même lumière jaunâtre provenant d'un lampadaire. Il éclaire un abri bus laissé là, au milieu des champs de blé qui n'ont pas dû être labourés depuis des années, et qui sont enveloppés de silence. Je le trouve bien trop pesant. Je m'approche, j'observe autour de moi: il n'y a rien. Pas une habitation. En plus, une épaisse brume s'est levée. Impossible de voir plus loin que quelques mètres. Sur la vitre de l’abri, "DON'T TRUST ANYBODY!" me nargue à nouveau de ses lettres coulantes.
Au même endroit, pourtant perdu au beau milieu de la campagne, j’aperçois un homme. Il semble posé, là, comme par magie. Il porte un costume d'une blancheur à vous en donner mal à la tête. Une tâche blanche sur un fond noir. La seule note de couleur vive provient d'une petite fleur violette accrochée au col de sa chemise. Très bien coiffé, il fixe droit devant lui. En m'apercevant, il se lève avec hâte, repassant du revers de la main les plis de ses habits d'une classe évidente. Je me rends compte qu'il me dépasse de plusieurs têtes.
"- Avez-vous besoin d'aide? me demande-t-il poliment avec un large sourire.
- Je... je ne sais pas où je suis, je bafouille alors.
- Suivez-moi, je vous en prie, me dit-il d'un air avenant."
A ces mots et sans plus me poser de questions, je le suis dans la pénombre. Je sais pertinemment ce que vous pensez. Que je ne devrais pas, qu'il ne faut pas s'aventurer avec de parfaits inconnus dans la forêt. Mais de toute façon, aucune autre possibilité ne s'ouvre à moi et je ne compte pas passer cent ans à croupir sur un  banc d'arrêt bus. Alors je suis ses traces, de près, tel un enfant marchant dans les pas de ses parents, car le brouillard s'épaissit et j'ai peur de le perdre. Soudain, sans prévenir, le décor change. Les champs alentours ont laissé place à une sombre forêt dont les branches humides semblent se plier sur moi comme s'il s'agissait d'un tombeau. Ce sera peut-être le mien. C'est en tout cas la première idée qui me vient, excusez-moi, je peux paraître pessimiste de temps en temps. Nous nous enfonçons  entre les arbres dont on ne distingue pas la cime. Il n'y a pas de sentier. Nous marchons sur les feuilles mortes, humides à cause du ruisseau que nous longeons.
J'entends tous les bruits nocturnes, le hululement des chouettes, le croassement des grenouilles. Au bout d'un moment, j'ose demander à mi-voix:
"Comment vous appelez-vous?"
En guise de réponse, l'homme vêtu de blanc se retourne vers moi et me fixe de ses yeux d'un vert presque surnaturel. Il s'avance vers un arbre qui se trouvait à sa portée. A son approche, étrangement, le bois semble frémir, et les feuilles verdir de plus belle. Il fait quelques pas de côté, se penche sur un buisson, et caresse les feuilles du bout des doigts. Au même instant, d'innombrables bourgeons apparaissent, grossissent à vue d'œil, et éclosent les uns après les autres en laissant apparaître de petites fleurs aussi blanches que le costume de l'étrange personnage.
"Magnifique, vous ne trouvez pas?" me lance-t-il avec un sourire chaleureux.
Un bruissement de feuilles me fait sursauter et me sort de ma contemplation. Je me retourne; il n'y a personne. L'homme en blanc est parti, comme évaporé. Je suis seule, perdue au milieu des ombres. Génial! La soirée s'annonce forte en émotions.
C'est alors que je sens un filet d'air glisser sur ma peau, se faufilant jusqu'à mes oreilles, tel un doux murmure. Pétrifiée, j'ose à peine respirer. La voix se précise.
"Avance droit devant toi, mon enfant. Mais ne te retourne pas. N'aie pas peur. Fais-moi confiance."

 

Un long frisson me parcourt. Dans la précipitation, je cours droit devant, en tentant d'éviter les branches et ronces qui me barrent le passage. Elles me griffent les joues, les bras et les mollets. En sueur et à bout de souffle, je m'arrête lorsque le paysage change une fois de plus. La forêt débouche sur un manoir, seul au milieu d'une clairière. La demeure est immense et, il faut le dire, peu avenante... mais sans plus réfléchir, je m'élance à toutes jambes vers le bâtiment aux larges fenêtres. Il semble tout droit sorti du roman Dracula, mais je ne me laisse pas démonter. Je ferais n'importe quoi pour ne pas passer un seconde de plus dans cette affreuse forêt où un homme étrange disparaît d'une minute à l'autre, où la végétation grandit à vue d'œil, où le vent murmure des mots doux au creux de votre l'oreille. Alors je me précipite, je cogne à grands coups en m'y reprenant à plusieurs fois. Je me demande si le château est habité. Peut-être qu'il n'y a personne. Tant pis, je pousse la lourde porte de toute mes forces. Le bois grince, mais le passage s'entrouvre. Je me faufile à l'intérieur, et la porte se referme derrière moi avec un grand fracas qui me fait sursauter. Il fait légèrement plus chaud, et je me dis que vue la superficie, la facture de chauffage doit être salée. Les tapis et tapisseries se confondent, et semblent tout droit sortis du Moyen-âge. Des deux cotés de la pièce, aux deux extrémités, s'élèvent des escaliers qui mènent à l'étage. Je vois d'ici un rayon de lumière qui passe par le chambranle de la porte. Le propriétaire du manoir ? Il faudrait peut-être que j'aille le voir, histoire de m'excuser d'être entrée sans permission. J'en profiterai pour lui demander asile pour la nuit. Je vote pour l'escalier de gauche que je grimpe à toute vitesse. Le parquet grince. Je toque à la porte, plusieurs coups francs qui résonnent dans toute la demeure. Personne ne répond. Alors tout doucement, j'ouvre la porte et passe ma tête par embrasure.
"Il y a quelqu'un?"
Ma question reste suspendue dans le vide. Je fais un pas de plus, et découvre ainsi une salle dépourvue de meubles. La lumière provient d'un lustre, dont les cristaux renvoient magnifiquement la lumière aux quatre coins de la pièce. Rectification: Il y a UN meuble. Enfin... c'est un guéridon sur lequel a été délicatement posé un petit napperon blanc percé en son centre. Une belle rose qui semble être dans le prolongement du mobilier en sort. Elle est protégée par une coupole en verre. Admirative devant tant de beauté, je m'approche doucement, observant attentivement. La fleur est d'un rouge sanguin, puissant, et cette couleur pourpre m’envoûte. Je ne sais pas pourquoi, j'ai envie de la regarder de plus près, de caresser ses pétales, de humer son parfum. Alors je soulève la coupole, juste un tout petit peu, pour mieux voir. Oh et puis zut! Je retire le globe, et je m'empare de la sublime rose aux teintes surnaturelles. Je la cueille à même le guéridon. Étrange, non? Son parfum n'est pas si prononcé. C'est surprenant, maintenant je ressens une légère chaleur à la main. Cette chaleur s'amplifie. De plus en plus, elle finit par me brûler! La fleur est en train de se consumer de l'intérieur. Elle sèche et noircit sous mes yeux sans que je puisse rien y faire. Je la lâche précipitamment. Elle tombe en cendres, et les petites particules s'envolent dans les airs, en retombant en partie sur mes cheveux. Ma main me brûle toujours, j'ai affreusement mal. Tout s'est passé si vite! Terrifiée, je me retourne pour fuir. C'est alors que je la voit. L'inscription. D'un rouge sanglant, écrite au dos de la porte.
DON'T TRUST ANYBODY!
Mon sang ne fait qu'un tour. Je hurle. Plus que ma main, à présent mon bras tout entier me brûle. Là, c'en est trop. Trop pour moi. Je me précipite dehors, je dévale les escaliers à toute allure. Je manque de m'étaler en me prenant les pieds dans le tapis. Je me rue dehors. Il fait nuit noire. Je m'en fiche. Mon corps entier me pique, me brûle. Ma gorge est en feu. Je suffoque. Je tombe à terre, recroquevillée. C'est alors qu'une tâche couleur ivoire se détache de l'obscurité. L'homme en blanc est là, il a toujours cette même allure impeccable. Il me regarde, mais reste droit comme un i, impassible devant ma détresse. Alors j'éclate et hurle à plein poumons:
"Qui êtes-vous, à la fin?"
Sa voix s'élève, aussi tranchante que le fil d'un rasoir.
"Parfois, les êtres ont besoin de réconfort, besoin de quelqu'un pour veiller sur eux. Mon rôle est là. Ce n'est certainement pas votre espèce qui va veiller sur le monde qui l'entoure. Ce manoir est le mien. Tu n'as pas hésité une seule seconde à cueillir le merveilleux spécimen qui se trouvait sous tes yeux. Les Hommes ne réfléchissent pas. Là est votre sentence."
Sur ces mots, il fait volte face et s'éloigne. Après avoir fait quelques pas, il se retourne une ultime fois, et, le visage perdu dans la pénombre, il murmure:
"On m'appelle Hominem."
Je me contorsionne toujours sous l'effet de la douleur, mais un éclair de lucidité me rappelle mes cours de Latin. Hominem signifie Personne. Je ne saurai jamais qui a écrit ces graffitis, ni dans le train, ni à l'arrêt de bus, ni sur les troncs de la forêt. Mais je sais dorénavant que celui dont je devais le plus me méfier était une créature qui, pour moi, n'était que pure invention. Comment est-ce que j'aurais pu deviner qu'un esprit protecteur de la forêt s'en prendrait à moi?
Alors qu'Hominem se fond dans la pénombre, je souhaite que tout s'arrête tant la douleur est insupportable. Agenouillée au sol, je plante mes ongles dans la terre meuble. Je ne sais pas ce qui est en train de m'arriver. Je ne peux plus bouger. Mes os semblent se séparer, mes muscles s'engourdissent. Je sens mes doigts qui commencent à s'allonger et qui s'encrent plus profondément dans le sol. Alors je vois que la forme de mes membres change, de manière indescriptible; il s'allongent. Je ressens comme des picotements, des bulles de gaz qui remontent à la surface. Je sens mon corps entier s'étendre vers le ciel étoilé.
C'est ainsi que je deviens un arbre parmi tant d'autres.

Alors, qu'en pensez-vous? N'hésitez pas à écrire toutes vos critiques constructives dans les commentaires!

A très vite!

Laura ;)